Le marcheur

Plongé dans le silence il avance patient
Vers l’horizon moqueur qui toujours s’évertue
A pousser la distance sans repousser le temps
Ses pas traînent en longueur tandis qu’il continue

Dans ce desert sans fin fait de neige et de glace
Où ses pas l’ont trainé en toute pesanteur
Il n’est d’autre chemin que celui de ses traces
Lentement effacées par le vent et les heures

Il est pourtant la nuit des lumières alentour
Mais il n’a plus la force à regarder autour
Et ses yeux l’ont trahi bien plus que de raison

Ouvrant par trop souvent le chemin vers son coeur
Dont l’usure témoigne d’assauts trop ravageurs
Marcher est un supplice mais l’amour est poison

Passer l’hiver

De l’hiver passé resteront que des traces
Des arbres morts couchés des fissures et des plaies
Mais la nature est forte du temps qui passe
Plus que le poète dont le cœur peut geler

Si l’on n’y prend garde lorsque fondra la neige
Il s’en ira mêlé à ces ruisseaux de boue
Dans ces lieux putréfiés où tout se désagrège
En un silence morne froid et sans remous

L’été est loin encore le printemps tout autant
Et tristes sont les jours qui ne sont pas comptés
Pour ceux dont les amours ne sont qu’imaginaires

L’été le sable chaud le vin dans la glacière
Les vagues le soleil la chaleur de la peau
Tout n’est plus qu’illusion quand plus rien ne tient chaud

Mais si tu me déçois

Que fais-tu donc vautrée dans ce recoin humide
Puisque l’orage n’est plus et que le soleil brille
Allons lève-toi donc ne sois-pas là stupide
Toujours à pleurnicher pour deux ou trois vétilles

Un jour tu comprendras qu’il te faut plus d’entrain
Et plus de compassion à ces heures qui me tuent
Mes poings sont tes leçons je le fais pour ton bien
Et sans moi tu n’aurais rien d’autre que la rue

Tes études sont loins ton corps n’est plus tendu
Si quelqu’un veut de toi je veux être pendu
Crois-tu vraiment pouvoir un jour vivre sans moi

Tu n’es plus bonne à rien mais j’ai pitié de toi
Alors n’oublie jamais je suis la main tendu
Mais si tu me déçois elle est de celles qui tuent

L’hiver

Vois-tu venir l’hiver ce fourbe état des choses
Qui vient ronger les os de sa morsure humide
Il couvre doucement de son manteau morose
La couleur de la vie qui lentement se vide

Là sous ce manteau épais loin des yeux qui brillent
Se meurent en silence les lumières monotones
Le ciel seul est témoin ses étoiles en scintillent
Son requiem hélas n’est que bruit qui détonne

Vois-tu de couverture je n’en ai pas besoin
Car le froid m’a tué depuis bientôt une heure
Ses cristaux acérés ont lacéré mon cœur
Et mes mots s’en iront quand l’hiver sera loin

Quand tout autour

Quand tout autour glisse ma langue
Et que s’avance le bouton
Entre tes lèvres en cette gangue
Qu’il me faut ouvrir à tâtons

Quand tu tressailles et voudrais tout
Mais que j’entretiens la fournaise
Je sens tes reins et leurs à-coups
Sont de l’orgasme la genèse

Tu as beau inonder la plaine
De cette eau qui soudain ruisselle
Ma soif n’est étanchée qu’à peine
Et l’incendie part de plus bel

Il te faudra donc l’étouffer
En ne gardant que quelques braises
Où viennent et vont en volupté
Mes coups de reins que rien n’apaise

Alors quand tout sera éteint
Le souffle court le feu fixé
Resteront nos deux corps étreints
En cette victoire partagée

Quand le temps est passé

Sur la vitre la pluie tombe mais ne joue pas
L’eau ruisselle et se meurt au pied de la fenêtre
Plus personne n’est là serrant son chocolat
À la place le vide t’a fait disparaître

Les murs aussi n’ont plus ce reflet cet éclat
Quand ils te renvoyaient le moindre de tes rires
Immobiles fantômes accrochés aux parois
Où coule une peinture blanche à les faire blêmir

Le silence se tait n’ayant plus rien à dire
Il n’est plus de saveur de parfum d’espérance
Quand le temps est passé le reste se retire
Et la Dame en haillon a clôturé sa danse

Mes trains de nuit

Tout seul drapé dans mes souvenirs de toi
Je laisse glisser la douceur de la nuit
Comme une main tendre touche de ses doigts
Le grain de ma peau et celui de l’envie

Et tandis que je sombre entre les draps froids
Je prends le premier train d’un rêve choisi
Qui me portera en ces superbes endroits
Où je te retrouve éperdue alanguie

Ce n’est qu’au matin que je comprends hélas
Que les trains emportent tout ce temps qui passe
Mes souvenirs avec mes jeunes années

Mais pourtant je reprends chaque soir ma place
Oubliant le bonhomme usé dans la glace
Et dans mes draps froissés j’attends sur le quai

Unlike

Voilà donc qu’il se meurt en toute indifférence
Dans un recoin perdu à ces regards violents
De ces juges et bourreaux drapés de suffisance
Dans leurs atours forgés de souffrance et de sang

Nul autre lendemain ne viendra le couvrir
D’une chape de plomb et de propos cinglants
Il avait trop tardé à se laisser partir
Mais les likes ont brisé son courage d’enfant

Sur le pont d’altitude à mesure de la haine
Que les réseaux sociaux ont creusés sous ses pieds
Il a vaincu sa peur loin des pouces levés

Sous le pont à présent que s’écoule sa peine
Son sang rejoint les flots des pleurs inavoués
Que tant d’autres après lui continuent de verser

Bien sombre est la nuit

Bien sombre est la nuit sous le voile obscur
De ces lourds nuages gorgés de peines
Dont les pleurs sur la peau sont des morsures
Qui distillent leur poison en mes veines

Le froid lui aussi est de la partie
Sournois il s’immisce et en profondeur
Vient glacer mes os petit à petit
Avant de planter sa lance en plein cœur

Le vent quant à lui traitre versatile
Faisant mine de ne rien aggraver
Alimente la couverture hostile
Que nombre d’éclairs viendront innerver

Ainsi vais-je dans le grondement sourd
Des tambours funèbres au rythme infernal
Offrir mon âme et garder son amour
Sans vouloir de luxure ou bacchanale

Et si l’un me répond de son antre
Qu’importe le souffle de ce démon
Je servirais sa cause en bon chantre
À saturer d’air vicié mes poumons

Car mille maux valent bien la seconde
À contempler le maigre souvenir
De mes tristes pensées moribondes
Que son absence me fait dépérir

Ce soir je laisserai la pluie

Ce soir je laisserai la pluie
Laver ce vieux corps de glaise
Dont il ne reste aucun appuis
Aucun plaisir ni ascèse

Sous l’œil complice de la lune
Qui bien souvent a su m’offrir
Au cours de ma vie d’infortunes
Quelques joies et quelques sourires

Les flots emporteront la boue
Le long de ces rives de peines
Où sombrent au fond de ces égouts
Ces tristes amours diluviennes