Le réveil sans alarme n’osait même plus afficher vaillamment son compte temporel de peur de se retrouver associé au drame qui se préparait en ce dimanche matin. Dès 8h30 des meubles aux pieds nus tentaient désespérément de maintenir leur position respective. Peine perdue ; ils ne parvenaient qu’à graver leurs protestations tantôt grinçantes, tantôt stridentes sur le sol dur de l’appartement. Sans ménagement ils étaient tirés, traînés et poussés pour que le monstre au vortex puisse se gaver de la moindre poussière dans une aspiration cyclonique. Encouragé par le martèlement pédestre de sa dresseuse qui le talonnait de près, pas un centimètre carré n’échappait à sa voracité. Sa puissance était telle que les paupières du dormeur à l’étage au-dessous ne parvenaient pas à rester fermées.

Il tint une quinzaine de minutes avant de rendre son titre à Morphée. Le dormeur s’était réveillé d’une humeur massacrante. La journée commençait dans son esprit dans la fournaise épicée d’une lande sablonneuse d’Arrakis. Le ver de la colère rongeait son esprit. Il se leva d’un bond. Les murs semblaient s’écarter au passage de l’homme en tenue de peau. Mâchoire crispée, narines dilatées, il suivait son regard le long de couloir menant au salon. Le Katana n’émit aucune resistance lorsqu’une main ferme s’empara de sa poignée et abandonna son étui dans un souffle métallique. L’homme se dirigeait à présent vers la porte d’entrée. La clé principale tremblait dans la serrure, faisant se balancer mollement les autres qui pendaient presque mortes sur un porte-clés en forme de chauve-souris. De sa main gauche l’homme déverrouilla sèchement la porte fermée à double tour. Le pêne dormant sorti rapidement de la gâche avec un bruit semblable à la balle qui monte dans la chambre du canon d’une arme à feu. Clac, clac. Pan !

Incrédule l’homme n’avait pas lâché la clé. Son regard avait perdu toute assurance. Ses yeux pointaient comme deux aimants sur le plafond. Ils suivaient la direction de ses oreilles qui entendirent à peine le son étouffé d’une masse souple qui s’écroulait. Il manquait quelques passages dans la chronologie auditive de l’homme au sabre japonais. La main toujours sur la clé, les yeux toujours vissés au plafond il entendit alors un second coup de feu. « Hashtag double tap », se dit-il en référence au film Zombieland qu’il avait regardé la veille. Puis son mental rejoua la scène entre le moment où ses pieds avaient touché le parquet flottant et celui où il avait entendu le premier coup de feu après ses deux mouvements de clé dans la serrure. Le cri de la sonnette de l’appartement du troisième qui hurlait sous les coups répétés. Le monstre au vortex qui se taisait. Le martèlement des talons qui se dirigeaient vers l’entrée de l’appartement. Les vociférations qui accompagnèrent l’ouverture de la porte. Le coup de feu. Le bruit d’un corps qui s’effondre. Le deuxième coup de feu.

La chance était de son côté, il n’avait commis aucun crime et n’aura donc pas d’ennuis dans les heures à venir. La voisine non plus n’aura plus d’ennuis. Elle n’aura même pas à passer le dernier coup de serpillère sur son carrelage rouge. Quelqu’un s’en chargera pour elle, comme le voisin s’est chargé d’elle. Un peu en avance, Madame Lhirondelle avait fait son dernier ménage de printemps.

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