11 mai 2020

Aujourd’hui nous nous servons de nos yeux pour regarder. Pas pour apprendre, pas pour faire un effort, mais pour regarder ce que l’on veut nous montrer. Et pour ça le démon domestique trône en maître sur son autel dédié. Le poste de télévision est ce démon de transport inculte, cette lucarne qui au fil du temps est devenue fenêtre, voire baie vitrée, ouverte sur l’infernale plaine d’aridité culturelle. C’en est au point de devoir nous proposer un catalogue des destinations stériles que nous devons presque parcourir la veille pour le lendemain.

© Nonsap Visuals, Unsplash

Et après avoir égrainé cet interminable catalogue de nos abonnements télévisuels, nous avons opté pour le énième navet du mois. Ça brillait, c’était certifié bio et… c’était à chier n’ayons pas peur des mots. Mais non regardons, car si nous n’avons pas vu et bien on ne nous voit pas. Alors on se cale tous devant les films et les séries. Un ou une de temps en temps sort du lot, mais finalement n’aurait-on pas mieux fait d’acheter le film ou la série en regard de ce que nous coûte l’abonnement ? Et l’achat ne serait-il pas plus « rentable » pour l’ayant droit plutôt que d’aller en grande partie dans les poches des intermédiaires ?

Offrande aux plateformes

Netflix, OCS, Amazon Prime, Canal +, Disney+, Apple TV+… inutile d’aller plus loin, vous avez pigé le truc. Leur point commun hormis celui de nous faire passer à la caisse tous les mois, est de nous enfermer dans une bulle de dépendance télévisuelle. Et ne soyons pas naïfs, si les télécoms se sont fait épinglés pour des arrangements commerciaux, dîtes-vous bien que pour les plateformes c’est pareil. Une petite exclusivité par ici, une par là et vous voilà avec un abonnement pour chacune. Ça ne vous rappelle pas un truc avec les consoles ? Mais si, la licence d’un jeu qui est exclusive à un endroit, puis passe chez un autre. Et votre salon se retrouve avec autant de décodeurs que de consoles et votre compte en banque affiche des lignes et des lignes d’abonnements par ci et d’abonnements par là.

© StockSnap, Pixabay

Et nous voilà en bon petit mouton contraint à verser tous les moins notre offrande aux églises de la consommation, amen et amène-moi tes amis aussi en partageant ta dépendance.

Pourtant il existe un exorcisme à tout ça. Alors oui, qui dit exorcisme, dit risque. Vous ne croyiez pas que le démon allait vous donner son nom et retourner dans son antre simplement parce que vous l’avez décidé. Non, ça va être difficile, parce que vous allez devoir travailler du chapeau. Être acteur de votre propre personnage, de votre propre vie. Mais pire encore ! Vous allez devoir être aussi le réalisateur et le scénariste… 

L’idée, c’est de lire…

Je l’ai bien caché vers la fin de cette chronique le mot interdit: lire.

Alors oui, lire implique cet effort de tenir un bouquin et de tourner la pages. Les tourner pour se rafraîchir l’esprit d’un éventail de nouvelles habitudes et de nouvelles idées qui vont subitement germer dans votre cerveau. Car l’exorcisme n’était que le début: il y a le sevrage, la tentation de replonger stimulée par l’entourage qui va vous faire pâlir plus que les pages sur lesquelles sont inscrits les petits caractères.

© Jean-Christophe Mojard, 2020

Mais si vous tenez bon, vous allez découvrir des endroits inexplorés, des endroits que personne ne connaît et que personne ne connaîtra jamais si vous n’en parlez pas: les vôtres. En lisant vous allez apprendre à créer par vous même. Vous allez imaginer, concevoir, développer. Vous ne serez plus esclave, prisonnier de la vision de quelqu’un d’autre, vous serez votre propre réalisateur. C’est pas excitant tout ça ? D’autant plus que vous aurez le choix de lire des choses que ne seront pas forcément adaptées à télévision, mais à vous ! Et attention, cerise sur la gâteau, et c’est du lourd déconseillé aux âmes sensibles, à force de lire, vous allez même avoir envie d’écrire ! Asseyez-vous oui… Soufflez et relisez. Oui, écrire ! Mais on va éviter d’en parler dans ce billet. Chaque chose en son temps. Et là, il s’agit de couper la télévision si elle était allumée, elle l’était n’est-ce pas ? Et lire autre chose que les réseaux sociaux bourrés de fautes (même s’il doit y en avoir un peu ici) et de trolls, finir de lire cette chronique, puis allez chercher un bouquin sur un site comme les Editions LC bien sûr, mais également une librairie virtuelle ou mieux, roulement de tambour : dans une librairie physique, sur les conseils avisés d’un libraire (Personne qui vend des livres dans une librairie, qui conseille selon les goûts et les envies et aide à la recherche d’un livre en particulier.)

Vous êtes encore là ?

© Edar, Pixabay

Merci, j’ai cru que vous aviez pris à la lettre le fait de partir chercher un livre sans lire qu’il fallait finir cette chronique d’abord ! Ça me laisse le temps de vous remercier de m’avoir offert le vôtre pour lire ces mots. N’oubliez pas de lever le nez de votre bouquin quand vous l’aurez lu afin d’en parler. Si, si ! Vous pouvez même donner votre avis ! C’est d’ailleurs chaudement recommandé ! Et pas simplement avec un pouce ou des étoiles, mais avec des mots pour le dire. Parce que nous aimons votre ressenti plus que votre doigt levé. Nous, ce sont les auteurs en maison d’éditions ou auto-édités. Nous, c’est peut-être vous demain, mais ça aussi c’est une autre histoire.