Voilà, le clavier me regarde de toutes ses touches, il attend. Moi aussi j’attends. Il est mon souffre-douleur, mon confident, mon ami, ma sœur… celle que je n’ai pas eu, celle que j’aurais dû être pour mon grand frère… j’ai un grand frère ? « On aurait préféré avoir une fille et ce fut toi ». Celle que je n’ai pas été pour mon petit frère… j’ai un petit frère ? Je suis l’entre-deux qui n’a jamais été. Le cadet de leurs soucis. Trahi à la naissance, trahi pendant l’enfance, trahi pendant l’adolescence, trahi pendant ma vie d’adulte. Allez, je vous rassure un peu, sur mon crâne point de coquille d’œuf et point de Priscilla, noeud rose accroché dans son toupet blond.

« Qui es-tu toi devant la glace ? », le poème phare de mon premier recueil. Tellement tombé que je ne compte plus les fois où je me suis relevé. Mais heureusement, je suis dacquois. Un dacquois déraciné certes, mais un dacquois quand-même. Dans mes veines coule l’Adour et mon cœur bat de ma cité gasconne. Je suis finalement le fruit de mes blessures, élevé par d’autres au fil de mes maux et des rimes de Baudelaire, Rimbaud, Lamartine, Apollinaire, Éluard et tant d’autres…

C’est ainsi que j’ai grandi nourri de poésies. Sillonnant ma vie d’un pas léger au milieu d’un champ de Fleurs du mal, entre Spleen et Idéal, baignée d’un soleil marin, d’albatros aux ailes de géant et je vous laisse poursuivre le tableau de mon existence au rythme des pages de mon livre refuge. Un jour je serai cette charogne lubrique, mais pas aujourd’hui, pas encore. Et si je garde ma main sur ma poitrine, je sens toujours par contre le parfum des glaïeuls et nul trou rouge à mon côté droit.

© Jean-Christophe Mojard

Dans la vie, il n’y a pas de hasard, il n’y a pas de coïncidence, il n’y a que des signes troublants d’incertitudes et aucun Champollion pour les déchiffrer, pas plus que de lumière d’Aziz éclairant le cinquième élément. Bon, à Besson je préfère quand même mon emprunt des mots de Paul Éluard, « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Alors, sur mon agenda, il y a eu Corinne Van Loey. Elle fut ma mère pour le peu de temps que ma vie lui a laissé avec moi. Elle l’est toujours. Son essence, essentielle, brille à jamais dans mon ciel et me guide lorsque mon chemin se perd.

Alors c’est à elle que je souhaite la plus belle Fête des Mères, à titre posthume. C’est à toi Corinne que vont mes pensées, que va mon amour ce jour plus que les autres. Comme une huile pour te permettre de continuer à briller égoïstement pour moi, mais pour tant d’autres qui te gardent comme la dernière braise d’un cœur presque éteint. Tu me manques, mais j’ai accepté cet ultime partage de toi pour gagner cette lumière vers laquelle se tournent tes enfants, ceux que tu n’as pas pu mettre au monde, mais qui sont pourtant là, bien vivants sous ta bienveillance.

J’avance Corinne, j’avance. J’avance, car il me reste ma fille Tahys, mes garçons Florian et Baptiste, même si Baptiste s’en est allé tel Ulysse du courroux de Poséidon. Il reviendra, avant 20 ans j’espère. Et il me reste ma famille. Pas celle du déni, mais celle que je me construis peu à peu. Et il me reste toi Corinne.

Bonne fête ma « Poussière d’étoile » comme tu tenais à ce qu’on pense à toi en ces termes après ton départ.

Bonne fête Maman.

Je t’aime.