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Partir, c’est mourir un peu
Alexandre Page
By JCM Posted in Histoire, Livres on mars 29, 2021 0 Comments 4 min read
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Partir, c’est mourir un peu

J’ai pris mon temps pour cette chronique. Et pour cause, lorsque l’on entre dans un roman historique il est nécessaire de vérifier ce qu’on en lit avant d’en parler. Question de crédibilité. J’ai donc pris le temps de lire, vérifier et je prends également le temps d’écrire en me détachant de toute exagération d’une réaction à chaud.


Je me suis donc retrouvé avec « Partir, c’est mourir un peu », sous la plume d’Alexandre Page, pour goûter à ce plaisir historique et me laisser entrer en immersion au plus près de la famille impériale du temps d’Alexandra et de Nicolas II. Et c’est avec Alexandre Page que j’ai pris une claque qui m’a ramené plus de 100 ans en arrière, à suivre en temps réel l’inexorable chute des Romanov. Un voyage qui laissera une empreinte dans mon esprit, une empreinte ensanglanté, mais dont le nom est réhabilitation.

« Lorsque les mensonges auront été dissipés, que les impostures auront été démasqués , que le chagrin aura passé, l’humanité se souviendra ».

L’histoire est racontée par les vainqueurs, c’est elle que nous apprenons dans nos manuels scolaires avant que vienne souffler à nos oreilles le vent de l’esprit critique. Et parfois, souvent, elle est tronquée, minimisée ou enrichie pour glorifier ceux qui l’écrivent plus que ceux qui l’ont vécue. En lisant « Partir, c’est mourir un peu », il faut donc faire fi de ce que nous avons appris, du peu que nous avons retenu concernant Nicolas II, puis écouter ce que d’autres ont à nous dire. D’autres comme Igor Kleinenberg, précepteur d’allemand auprès des grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et proche du tsarévitch Alexeï.

C’est donc avec ce personnage que nous entrons dans les dessous de l’histoire, que nous pénétrons dans l’intimité du couple impérial. C’est avec lui que nous découvrons ce fameux battement d’ailes de papillon qui, d’un bout à l’autre de l’empire, apporte le vent de la sournoise discorde, l’orage grondant et finalement la tempête dévastatrice jusqu’à la cruelle et sanglante vérité.


Grâce à Igor, professeur à peine fictif, mais d’une extraordinaire réalité narratrice, Alexandre parvient à jouer sur tous les tableaux: histoire, géographie, politique, et fort de ses propres connaissances et de son époustouflant travail de recherche, il distille avec majesté des informations d’une richesse incroyable. Il vient nous instruire pas à pas sans même que l’on s’en rende compte, dénouant les manœuvres des uns et des autres sur l’échiquier mondial afin de nous en faire comprendre toute les subtilités dont nous n’effleurons qu’occasionnellement les enjeux. L’instruction par la curiosité, par les anecdotes.

Que vous aimiez l’histoire ou non, vous ne pouvez rester insensible à la qualité de son écriture et aux connaissances insufflées avec soins et répétitions sans pour autant vous perdre en redondance. Son écriture et puissante sans jamais tomber dans l’ostentatoire, ses détails sont savoureux et cumulant les qualités il nous offre un long roman qui se lit avec facilité et surprise à chaque page. Nous apprenons énormément sur cette époque, sur ces illustres qui ont fait et défait la Russie. Nous relevons également avec toute la déconvenue de nos certitudes comment l’image que l’on a du couple impérial a été biaisée. Ce roman est un vrai pavé dans la mare des mensonges et des élucubrations.

Attention : coup de cœur 2021

Je ne peux que vous recommander chaudement « Partir, c’est mourir un peu ». Au fil des pages vous aimerez la famille soudée, l’homme attentif aux siens, sa patrie, son peuple et qui pourtant va subir les assauts continus, sournois d’une aristocratie méprisante et manipulatrice. Vous subirez avec lui la violence incontrôlable de la révolution bolchevique. Vous apprendrez comment la bonté, la générosité, la fidélité de cet homme seront les armes de sa propre destruction, de son abdication jusqu’à son éradication famille comprise.

« Il n’y a que deux genres de souverains, dit-on, qui s’exposent aux révolutions et aux coups d’Etat : les trop gentils et les trop cruels ».

Assurément Nicolas II faisait parti des premiers ce qui rend la tragédie historique que nous relate Alexandre Page encore plus incommodante. Et notre conscience de hurler : réhabilitation !


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