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Quand un ami coiffeur-barbier me demande (rasoir sous la gorge) si un jour il se verra transformé en un de mes personnages d’écriture. Il se voyait espion, je l’ai vu psychopathe. À toi Sylvain.

Épisode 1

Le plus dur n’est pas de tuer quelqu’un, c’est même le plus facile. Ça n’est pas non plus vivre avec le poids du crime sur la conscience. La conscience, je peux vous garantir qu’elle a une sacrée faculté d’adaptation. Non, le plus dur, c’est de se débarrasser de ce putain de corps. On ne sait jamais quoi faire de ce tas de viande une fois qu’il est refroidi. Alors quand il y en a plusieurs, ça devient un véritable cauchemar.

Visiblement, je ne suis donc pas sorti de l’auberge. Au sens propre comme au figuré. Pourtant, lorsque je suis arrivé cette nuit dans ce petit village, je n’avais aucune intention de faire le ménage. J’étais même là pour me reposer un peu, après avoir réduit le nombre de mes concurrents sur le marché de la capilliculture. Oui, je suis coiffeur-barbier. Mais n’allez pas vous imaginer que je vous fais un remake de Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street ! Si je tranche des gorges, c’est uniquement pour éliminer la concurrence, rien à voir avec une vengeance ou un truc à la con.

Bref, je viens de buter trois nouveaux types sous le seul prétexte qu’ils savaient manier le rasoir. Maintenant ces trois couillons, avachis sur mon lit, bavent le sang de leur plaie ouverte d’un bout à l’autre des oreilles. Et vous savez quoi ? En plus d’avoir trois macchabées devant moi, je vais devoir en rajouter un quatrième. Oui, l’aubergiste. Le gars qui m’a vu. Celui qui m’a dit : « Vous devez revenir du salon de la coiffure vous aussi, y’a les trois types à la table là-bas, ils ont aussi une voiture avec les peignes et les ciseaux dessus ». On a donc sympathisé, l’aubergiste nous a servi à boire et à manger. Puis, quand il nous a dit devoir fermer le coin repas, on a décidé d’aller se finir au digeo dans ma chambre. La suite, vous l’imaginez et vous en connaissez la fin. Quelques verres, des photos de sculptures capillaires des uns et des autres, et puis le moment fatidique. Celui où je dégaine mon coupe-chou sans vraiment y penser et leur dessine un sourire juste sous la pomme d’Adam. Maintenant, le monticule de cadavres s’accumule. Je crois que j’ai besoin de réunir tout ce beau monde dans ma piaule, en y ajoutant les deux autres déjà vidés qui patientent dans le coffre de ma voiture. Histoire de visualiser le problème.

Ça m’a fait du bien d’écrire, tout à l’heure. Je n’y avais pas pensé après avoir ouvert les deux premiers coiffeurs et j’avais gardé mon énervement un bon moment sur la route. Mais là, c’est une révélation. J’ai un pote qui écrit et il me dit régulièrement que l’écriture, c’est souvent une thérapie. Un endroit où l’on peut se réfugier et se soigner ses maux par les mots. C’est comme évacuer le cancer de sa souffrance sur une feuille de papier ou un truc comme ça. Et c’est vrai ! Depuis tout à l’heure, je suis comme euphorique. Je suis bourré d’ocytocine. Alors, je reprends le stylo pour vous dire ce que j’ai fait depuis.

L’aubergiste était dans son appartement, enfin sur sa terrasse plus précisément. Il sirotait tranquillement une bière en regardant sa télé allumée dans son salon. Y’avait personne d’autre. J’ai sauté sa petite balustrade et lui ai fait un splendide sourire avec ma lame. Franchement, vous auriez vu ça ! Je ne veux pas m’envoyer des fleurs, mais, côté rasoir, j’assure ! Après, je n’ai quand même pas trainé. J’ai rentré le bonhomme, fermé la baie vitrée, éteint la lumière et la télé. Sans lampadaire ni lumière, on ne voyait pas le sang partout, heureusement parce qu’il a giclé le salaud ! Après, c’était plus peinard. L’auberge était fermée, y’avait plus que moi et mes copains. J’ai pu rajouter les deux zozos du coffre de la voiture et j’ai tranquillement entassé tout ce petit monde sur mon lit.

Maintenant, je prends le temps de vous mettre tout ça sur le papier. Je le fais parce qu’après, j’ignore quand je trouverai un moment pour vous écrire. Enfin, pour moi d’abord. Vous, vous le lirez quand je serai mort ou lorsque les flics m’auront chopé. En attendant, je dois faire le ménage. Quand je vous disais que c’était chiant de se débarrasser d’un corps ! J’y réfléchissais déjà avec les deux macchabées dans le coffre, mais là, c’est d’un tel niveau qu’il me faudrait une piscine d’acide plutôt qu’une baignoire. Parce que c’est à ça que je pensais : l’acide pour tout dissoudre et verser le liquide en allant à la pêche par exemple. Pour les autres trucs le feu bien entendu. Restent les dents. Il parait qu’il reste toujours les dents. Peut-être, les mettre dans un moulage de ciment et balancer ça au fond de l’eau. Je réfléchis un peu et je reviens.

Bon, c’est vraiment trop de complications. Putain, pour devenir tueur en série, il faut quand même une sacrée logistique ! J’ai donc pris le parti de ne pas le faire. Tant pis. Faudra juste que je sois prudent avec mes empreintes, mes poils et toutes ces saloperies avec mon ADN. Je vais mater Dexter aussi, et prendre des notes. Puis, il va aussi falloir que j’achète un beau carnet, parce que là, j’écris avec le petit bloc qui était sur ma table de nuit et j’arrive à la dernière page. D’ailleurs en parlant de dernière page, je vais arracher celle du registre. Il ne faudrait pas qu’elle survive au brasier avec mon nom dessus. Je la cramerai ailleurs, avant d’arriver chez moi. Il va falloir que je regarde aussi s’il n’y a pas des caméras de surveillance qui trainent dans le coin. Oui, je sais, c’est un peu tard, mais bon, j’en doute vu le patelin. Je vais donc devoir vous quitter. Mais ne vous inquiétez pas, je reviens vite. Le temps d’effacer au maximum mes traces et de bruler le reste. Puis celui de rentrer chez moi et de planifier un peu plus mes sorties et on se retrouve dans mon prochain carnet. J’ai hâte. En plus, on va finir par parler de moi dans les journaux, et ça aussi ça me fait triper ! Ho, j’imagine le jour où vous serez peut-être dans mon salon et pendant que je passerai le rasoir sur votre peau, vous me parlerez du tueur en série qui égorge des coiffeurs barbiers. Vous me parlerez de moi. Ça serait cool, non ?

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