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Certitudes

S’il est une chose que l’on apprend vite à Saint-Pierre-et-Miquelon, c’est qu’il faut rapidement se débarrasser de ce que l’on a appris avant de venir s’y installer. Les certitudes sont plus que des entraves, elles sont des chaînes et vous êtes le boulet. Lorsque vous arrivez, vous allez donc vous retrouver aussi nu qu’un nouveau-né. Pour ma part, c’était presque au sens propre étant donné qu’Air France a perdu nos bagages.

Quelle certitude as-tu ! Tu dois désapprendre tout ce que tu as appris.

Yoda

Première certitude qui vole en éclat, avant même de poser le pied sur le tarmac de Saint-Pierre. L’agence de voyage, Voyage Horizons, nous avait bien notifié toutes les étapes entre les différentes escales. Air France dès le premier vol nous a infirmé les propos. Départ Pau, arrivée Roissy Charles de Gaule et deuxième certitude d’Air France quant au suivi de nos bagages. Direction Montréal et troisième certitude de la part d’Air Canada cette fois-ci, qui confirme les dires d’Air France.

Nous dormons à Montréal. Celles et ceux qui ont l’habitude ont déjà compris le malaise. Nous dormons sur le sol canadien, nos valises devaient être récupérées, obligatoirement. Le lendemain nous partons donc pour Halifax, confiants, et pourtant en laissant sans le savoir nos valises à Montréal. Dernier vol : Halifax vers Saint-Pierre avec le formulaire de perte des bagages dans la poche et l’assurance déjà qu’Air Canada et Air France se renverront la balle après avoir longtemps discuté avec un agent de la compagnie canadienne.

Photo de Ante Hamersmit sur Unsplash

Les employés de Voyage Horizons avaient raison là où les compagnies, dont c’est pourtant le travail, ont tort. Ça vous donne donc cette idée des certitudes que l’on peut avoir.

Première règle : ne faire confiance qu’à celles et ceux qui sont là ; ils savent de quoi ils parlent, eux.

Le temps n’est pas le maître

Courir après le temps est déjà ridicule en métropole, mais sur Saint-Pierre-et-Miquelon, cela prend des proportions aussi grandes que les îles sont petites. Ici, la pendule n’est pas constituée d’aiguilles se faisant une éternelle course circulaire. Ici, la pendule est constituée d’une coque, d’un moteur et d’une kyrielle de conteneurs. Ici, le temps n’est pas le maître, le maître c’est le bateau. Du bateau dépendent les produits de première nécessité, le ravitaillement pour le frigo, les matériaux pour la construction… Sur les trois piliers qui forment la base de notre existence, se loger et se nourrir sont dépendants du bateau. Pour se reproduire, je vous laisse faire comme bon vous l’entendez.

La météo est un paramètre du bateau, comme tant d’autres, avec en point d’orgue l’encombrement du port de Halifax. À Saint-Pierre-et-Miquelon, il faut donc compter en fonction du bateau, dont l’arrivée est l’événement qui va permettre que tout le reste s’enchaîne, jusqu’au prochain. Il suffit donc qu’un seul ravitaillement vienne à manquer pour que le remontoir de l’horloge maritime laisse le ressort se détendre jusqu’à l’arrêt.

Deuxième règle : prévoir le plus tôt possible, car outre les épisodes climatiques, lorsque les produits manquent, vous ne pouvez pas aller à la ville voisine. Si vous n’avez plus de PQ, il vous reste vos billets de 5 € pour faire ce que vous avez à faire ; avec l’inflation vous n’aurez pas plus comme billets

Bonjour, merci, au revoir

Les mots magiques ne sont pas une légende urbaine. La politesse, la prévenance c’est un bond en arrière dans le civisme d’avant et un bond en avant dans l’Humanité qu’on a laissé derrière, celle où l’on devrait être au lieu de décliner dans une décadence progressiste ultralibérale.

Outre les bonjours, bonsoirs, merci, ce sont les « entrez vous mettre au chaud », lorsque l’on se croise sur un pas-de-porte d’un magasin. Ce sont des voitures qui s’arrêtent avant même que vous n’ayez posé le pied sur le passage piéton ou sur la route, et parfois avant même que vous ayez manifesté votre envie de changer de trottoir, car la personne dans la voiture conduit avec sa tête plutôt que son phallus et de ce fait anticipe votre réaction. Et quand la route est enneigée, voire verglacée, c’est encore plus prononcé comme civisme routier.

Épave subissant les outrages du temps après ceux des tempêtes
Épave subissant les outrages du temps après ceux des tempêtes

Quand vous sortez d’un petit commerce, d’une épicerie comme Chez Julien, on prend le temps de s’assurer que vous avez tout ce que vous cherchiez. Sinon, on vous oriente ailleurs.

Troisième règle : ne soyez pas ce français pédant qui arrive en terrain conquis. Ici les Acadiens en ont bouffé pour s’accrocher sur le caillou. Ici les marins ont affronté plus de tempêtes que vous n’en verrez dans votre vie. Écoutez le vent, il porte les murmures de celles et ceux qui ont sombré pour que vous puissiez regarder le drapeau flotter. Soyez respectueux

Vivre, pour le meilleur

Vous avez donc rangé vos certitudes, vous avez appris la prévoyance et puisqu’on aborde la prévoyance, pensez à vous : assurances, accidents, tous les trucs dont on ne veut pas parler, on en parle ?

Vous êtes en France, mais vous n’êtes pas en métropole. Saint-Pierre-et-Miquelon n’est pas non plus un DOM, ni un TOM. Vous êtes en territoire français, mais l’archipel est une collectivité territoriale. La sécu n’est pas la sécu. La mutuelle, la sécu, les assurances sont locales. On reparle des certitudes ?

Tout comme Voyage Horizons, les administrations de Saint-Pierre-et-Miquelon savent de quoi elles parlent. En cas de pépin majeur, oubliez l’hélicoptère vers Paris, Lyon, Marseille, Toulouse. Votre document de transport pour évacuation sanitaire, c’est sur une feuille d’érable qu’il est rédigé. L’évacuation sanitaire c’est vers le Canada. Là, le jeu où chacun se renvoie la balle, c’est avec votre pomme que les administrations vous jouer. Résiliations, inscriptions, souscriptions sont les assurances d’une sérénité à venir lorsque vous vous installez sur l’archipel.

Phare de la pointe aux canons
Phare de la pointe aux canons

Demandez, renseignez-vous, il n’y a pas de questions idiotes, mais que des idiots qui ne posent pas de questions.

Quatrième règle : vous êtes sur une île. Saint-Pierre-et-Miquelon c’est un petit écosystème, vous vivez dans l’équivalent d’un village de 6 500 âmes. Chaque comportement des uns affecte le comportement des autres. Gardez ça en tête et vivez en toute simplicité. Vous y ferez de belles découvertes à l’image de Patricia Jugan Detcheverry qui met si bien en valeur son archipel.

Vous ferez de belles découvertes et très certainement vous en viendrez à vous découvrir vous-même.


Comments(7)

    • Miquelonnaise

    • 1 an ago

    Là je dois vous féliciter pour cette article qui devrait être distribué à bien des personnes venant de métropole. Merci à vous et bienvenue chez nous 🙂

    1. Merci pour l’accueil et les félicitations. J’espère que les métropolitains ne massacreront pas Saint-Pierre-et-Miquelon comme ils savent si bien le faire en Corse. Pour ma part, je vais faire en sorte de m’y fondre et non d’y planter un drapeau.

    • boissel christine

    • 1 an ago

    un grand merci monsieur vous avez tout compris!! Profitez pleinement de l’archipel de ses richesses humaines, de son environnement et de sa douceur de vivre ‘une saint-pierraise vivant en métropole depuis bien trop longtemps !! et qui revient des qu’elle le peut s y ressourcer ,on se sent si bien « chez nous’

    1. Merci à vous, surtout, de me laisser goûter à ce paradis. À peine un mois et pourtant une grande place dans mon cœur y loge tous les instants que m’offre Saint-Pierre-et-Miquelon, car c’est bien de cela qu’il s’agit : ne rien prendre, mais recevoir ; recevoir de celles et ceux qui ont tant donné et donnent encore tant. On se sent en effet si bien chez vous.

        • Expatriée volontaire

        • 6 mois ago

        Quel plaisir de vous lire !
        Des « règles » que tant de personnes n’appliquerons jamais, écouter, observer, échanger, partager, s’intégrer…
        Ça devrait toujours être ainsi quand on voyage.
        Merci Monsieur

  1. […] Saint-Pierre-et-Miquelon, 15 jours déjà […]

  2. Beau constat !

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